Comme à chaque élection, France Télévisions sort le grand jeu. Retrouvez quelques chiffres sur notre dispositif inégalé, pour cette présidentielle pas comme les autres.

 

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Le temps de parole en questions 

C’est un peu un marronnier à chaque élection présidentielle : le temps de parole des candidats. Complexe à appréhender pour le grand public et véritable casse-tête pour les médias, ce principe démocratique fait beaucoup parler. Alors justement, prenons le temps d’en parler.

QU’EST-CE QUE LE TEMPS DE PAROLE ?

Il s’agit tout simplement du temps qu’un candidat (ou l’un de ses soutiens) passe à s’exprimer dans les médias dans la cadre de sa campagne. Attention à ne pas le confondre avec le temps d’antenne qui lui, regroupe en plus toutes les séquences audiovisuelles évoquant le candidat et qui ne lui sont pas « explicitement défavorables ». Il peut par exemple s’agir de la description d’un meeting par un journaliste ou d’un portrait dans un magazine télé.

Ce décompte du temps de parole et du temps d’antenne concerne tous les candidats au poste suprême, officiels ou présumés.

QUELLES SONT LES RÈGLES ?

3 périodes sont à distinguer et donc 3 règles distinctes :

  • La première a eu lieu du 1er janvier au 7 mars, elle correspond à « l’équité du temps de parole et d’antenne ». Autrement dit, les radios et chaînes de télé doivent respecter ce principe d’équité selon le poids politique de chaque personnalité. Ce « poids » est défini par l’appréciation des résultats du candidat ou de son parti aux précédentes élections, au nombre et aux catégories d’élus qui le soutiennent, ainsi qu’aux sondages.
  • Deuxième étape, du 8 au 27 mars. Pendant cette période, le principe d’équité est renforcé car les médias doivent le respecter durant quatre tranches horaires : le matin (6h-9h), la journée (9h-18h), le soir (18h-minuit) et la nuit (minuit-6h). Avec cette réglementation, les candidats sont exposés de façon équitable, quelle que soit l’heure de la journée ou de la nuit.
  • Du 28 mars au 8 avril et du 11 au 22 avril, les règles du jeu changent. Durant cette période, les médias appliquent une stricte égalité du temps de parole et d’antenne entre les candidats en fonction des quatre tranches horaires. Par exemple, si une chaîne accorde 10 minutes de temps de parole à l’un le matin, elle doit également donner 10 minutes aux 11 autres dans la matinée.

De plus, la veille et le jour du premier et second tour, une « période de réserve » interdit la diffusion de tout message électoral, de sondages ou résultats avant la fermeture des bureaux de vote. Et comme seuls les médias français sont soumis à ces règles, nos confrères belges ou suisses en profitent souvent pour communiquer des projections sur les résultats avant même les derniers votes.

Et hors période électorale ? Une réglementation très précise s’applique : un tiers du temps doit être réservé à l’Exécutif et les deux tiers restants aux partis politiques, y compris ceux de la majorité présidentielle, selon leur représentativité.

France.tv et le calcul du temps de parole et d’antenne

Chez France Télévisions, c’est la direction de la Réglementation, Déontologie et Pluralisme des Antennes et Programmes qui tient le chronomètre. Après avoir visionné les programmes faisant intervenir une personnalité politique, les équipes rentrent les temps dans un outil informatique dédié. Un travail minutieux et technique qui mobilise une personne minimum par chaîne… Et au-delà de ce comptage, la direction transmet aussi des préconisations aux différentes antennes et sensibilise les journalistes au respect du temps de parole.

Pour Cyril Guinet, directeur de Directeur de la Réglementation, Déontologie et Pluralisme des Antennes et Programmes, ce rôle est essentiel : « en tant que média de service public, nous nous devons d’être particulièrement exemplaires et exposer le débat politique de la façon la plus pluraliste, a fortiori en période électorale. »

QUELS MÉDIAS SONT CONCERNÉS ?

Seules les chaînes de télé, les radios d’information et leurs prolongements sur internet sont soumises à ces règles. Au total, 30 diffuseurs sont concernés :

  • Chaînes généralistes : TF1, France 2, France 3, France 5, Canal+, M6, C8, RMC Découverte, RMC Story, TMC, TV5 Monde.
  • Chaînes d’info : franceinfo, France 24, BFMTV, CNews, LCI et RT France, Euronews.
  • Radios d’information : franceinfo, France Inter, France Culture, France Bleu, Europe 1, RTL, RMC, Radio Classique, Sud Radio, RFI, BFM Business.

Dans ce calcul, le numérique apparaît comme le trou dans la raquette. Chaînes YouTube, émissions sur Twitch… sans compter les messages des candidats sur Twitter ou Facebook. La presse écrite n’a également pas les mêmes obligations que les chaînes et radios.

QUI CONTRÔLE ET COMMENT ?

Dans cette course à l’Élysée, l’arbitre, c’est l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique).

Ce nouvel organisme réunissant le CSA et Hadopi, réceptionne les temps de parole et d’antenne de l’ensemble des chaînes et radios chaque semaine, les contrôle, les fournit aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat et les publie sur son site internet.

Et si les règles ne sont pas respectées ? Après avoir envoyé une mise en demeure, l’Arcom peut infliger des sanctions comme des amendes, voire demander la suspension d’un ou plusieurs programmes !

COMMENT ÇA SE PASSE AILLEURS ?

Peu d’États ont une réglementation comparable à la nôtre mais globalement, les médias du vieux continent doivent couvrir les campagnes de manière équitable, équilibrée et impartiale.

Aux Pays-Bas par exemple, c’est le Commissariaat voor de Media qui décide de l’attribution du temps d’antenne aux partis politiques. Dans d’autres États membres de l’Union européenne, les radiodiffuseurs sont tenus d’aviser au préalable les régulateurs de leur calendrier de couverture électorale. La loi italienne Par Condicio, stipule que les médias souhaitant diffuser des émissions politiques en période électorale doivent en informer l’Agcom (régulateur italien des communications) dans les cinq jours suivant l’annonce officielle d’une élection.

De l’autre côté de l’Atlantique, rien de tout ça. Seul maître mot : l’argent. S’il existe bien une règle qui détermine le temps de parole des candidats, l’« equal-time rule », elle ne s’applique pas pour les journaux télévisés, les reportages, les documentaires ou encore les émissions de débats. Autrement dit, pour presque tous les programmes. De plus, cette règle interdit la censure… Pas étonnant de voir des candidats dépenser sans compter dans des spots télé parfois ultra-provocateurs.

Aux États-Unis, pour siéger dans le bureau ovale, tous les coups sont permis ou presque. La Federal Communication Commission veille au respect de certaines bases, comme par exemple : « un politique qui a vu un concurrent dans une pub sur une chaîne peut, avant sept jours, exiger une plage de temps comparable », moyennant plusieurs milliers de dollars bien sûr ! Autre effet de l’absence de principes d’équité et de pluralisme chez l’oncle Sam, les journalistes et animateurs des JT peuvent inviter qui ils souhaitent, bien souvent les candidats les plus « bankable ».

12 concurrents en lice, un seul vainqueur à l’arrivée… À la manière d’une compétition, l’élection présidentielle suit des règles bien précises. Et si la notion du temps de parole et d’antenne pose parfois question, elle ne demeure pas moins un garde-fou du pluralisme politique, principe fondateur de notre démocratie.